Santé – "Riom devient un vrai désert médical" : un médecin généraliste croule sous les demandes de rendez-vous

« Oui, je prends de nouveaux patients mais je refuse les chiants ! » Dans un franc-parler courageux, Jacquet Didier est l’un des derniers médecins généralistes à Riom à accepter de nouveaux patients. Lassé par les excès de certains, le soignant affiche la couleur. « Je les préviens au téléphone. On est dans une société où tout est dû. Avec moi, cela ne fonctionne pas comme cela. »

Davantage de maladies chroniques à soigner

Et s’il ne ferme pas sa porte aux nouveaux venus, le Riomois comprend l’attitude de ses confrères. « Nous avons de plus en plus de maladies chroniques à gérer, qui monopolisent 80 % des consultations. Si on veut garder des places pour les urgences, la situation devient très tendue. Je comprends mes collègues qui ferment les vannes. »

Une situation qui a, aux yeux de Jacquet Didier, le mérite d’avoir un avantage. « Jusqu’ici, les gens étaient hyper exigeants, aujourd’hui les temps changent… Les médecins reprennent enfin le pouvoir ! »

Les demandes affluent

Symptôme de la pénurie de médecins, Jérôme Novel, qui exerce pourtant en secteur 3 (honoraires libres) à Riom, croule sous les demandes. « C’est la panique. Riom est devenu un vrai désert médical. Du coup, les gens m’appellent et ferment les yeux sur le remboursement sécurité sociale. Je ne les prends pas en otage, mais ils n’ont nulle part où aller. Alors je les dépanne. »

Une situation qui s’aggrave à chaque pic d’épidémie.

« Là avec la grippe, c’est rock’n’roll. Les vendredis et les lundis sont compliqués… »

Jérôme novel (Médecin généraliste)

Deux cabinets de médecins et de pédiatres en moins dans le centre-ville de Riom

Les jeunes médecins sont "les rois du pétrole"

Un désert riomois que le départ du cabinet de médecins Laennec sur la commune de Ménétrol, même si celle-ci est située à proximité, a accentué. Hélène, 80 ans, fait partie des laisser pour compte. « Je pouvais me rendre à pied chez mon médecin de ville. Maintenant qu’ils sont partis à Ménétrol, j’ai perdu tous mes repères. Je ne conduis pas et je me sens abandonnée. »

Ailleurs dans le bassin de Riom, la situation n’est guère plus réjouissante. À Marsat, Michel Auzillon a été obligé de revoir sa politique. « J’accepte de nouveaux patients en déserrance mais uniquement sur mon secteur. Sinon je ne m’en sors plus… »

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Parti prenant du pôle médical flambant neuf de Volvic, le généraliste ne croit pourtant pas au miracle. « Je vais monter là-bas le 18 février. C’est un super concept qui regroupe des médecins, un cardiologue, une sage-femme, des kinés, une pharmacie… Et pourtant, on peine à trouver preneur pour les deux places de généralistes. »

Je pouvais me rendre à pied chez mon médecin de ville. Maintenant qu’ils sont partis à Ménétrol, j’ai perdu tous mes repères. Je ne conduis pas et je me sens abandonnée... 

Agacé par la politique de santé, Michel Auzillon ne voit pas l’avenir en rose. « Le creux de la vague est annoncé en 2024-2025… Et à la mauvaise gestion des politiques s’ajoute l’arrivée d’une génération de médecins qui veut choisir, sans avoir le moindre “souci”. Face à la sur-demande, ils sont devenus les rois du pétrole dans un milieu médical âgé. Beaucoup ne s’installent pas et préfèrent effectuer des remplacements qui leur rapportent davantage… »

Des locaux neufs…  qui cherchent preneurs

La proposition d’installations neuves ne suffit donc plus à garantir la venue de nouveaux médecins. Catherine Valli, pharmacienne riomoise, connaît bien le problème.

« À la suite du départ du cabinet Laennec, puis des départs des Dr Cousin et Devignon, il ne se passait pas un jour sans que des personnes nous demandent où trouver un médecin traitant à Riom. Il y a beaucoup de personnes âgées et non motorisées, qui finissent par engorger les Urgences pour se soigner. L’offre de soin globale s’est déstructurée. Et l’économie locale avec… »

Face à ce constat, la pharmacienne a décidé de créer trois cabinets médicaux, avec deux salles d’attentes rue de l’Horloge. Les travaux se terminent fin mars. Seulement à ce jour, les locaux cherchent toujours preneurs. 

Carole Eon-Groslier

(Source)

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